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Regard de Me T. Wickers sur Rocket Lawyer

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  imgresMaitre Wickers, vous avez été président du CNB et vous avez écrit “la grande transformation des avocats”. Quel regard portez-vous sur le développement de la Legaltech en France ?

Il existe de multiples causes à l’émergence, via la legaltech, d’une nouvelle offre de droit, ou d’une nouvelle façon de proposer des prestations juridiques.

Dans les sociétés dans lesquelles l’Etat se recentre sur les seules activités régaliennes, un très vaste espace s’ouvre pour la contractualisation des relations. Mais ce recentrage ne se traduit nullement par un recul de la réglementation, puisqu’au contraire, l’Etat cherche à contrôler le fonctionnement des marchés par la régulation. Comme la multiplication des normes juridiques ne s’accompagne d’aucune formation des individus aux arcanes du droit, les besoins de droit explosent.

L’offre des avocats n’a pas été conçue pour répondre à une telle situation. Ces caractéristiques principales (fabrication artisanale sur-mesure, recherche de la qualité maximale, prix élevés) la rendent inaccessible, à la fois sur le plan du prix et de la lisibilité, à une partie de plus en plus grande des individus et des petites entreprises, qui sont à la recherche de solutions simples, bon marché et facile d’accès.

Les technologies de l’information sont en train de bouleverser la façon dont nous nous comportons face à un problème, de quelque nature que ce soit. Avant même de mobiliser nos réseaux (famille, relations, etc.) nous nous tournons désormais vers internet pour trouver les éléments d’une solution. Le droit n’est pas une exception.

L’offre de la legaltech correspond très exactement à ces besoins et ces comportements nouveaux.

Quelle impact a eu la transition numérique sur la profession d’avocat ?

En tant qu’individus, les avocats n’échappent pas aux changements induits par la transition numérique. Leurs propres comportements évoluent, notamment celui des « milléniaux ». Les connaissances qui permettent aux individus de se mouvoir avec aisance dans l’environnement numérique deviennent indispensables. L’acquisition des compétences numériques doit faire partie de la formation du juriste.

S’agissant de leur marché, les avocats doivent aussi prendre en considération les évolutions qui ont conduit à l’émergence de la legaltech. L’éventail des stratégies possibles ne cesse de s’ouvrir. On peut opter pour le cabinet de niche, produisant des prestations à haute valeur ajoutée pour le client, ou au contraire s’inspirer du modèle de la legaltech, pour fournir à des coûts réduits des prestations plus standardisées.

Dans tous les cas, les avocats doivent devenir visibles sur internet, car c’est sur le réseau que commence le parcours qui va conduire un client à s’adresser finalement à un avocat et il faut être en mesure de répondre dès que le besoin s’exprime.

Les cabinets ont, là encore, plusieurs stratégies à leur disposition. L’une de ces stratégies peut être de s’adosser aux sites de la legaltech.

Le caractère exponentiel des progrès technologiques va aussi les confronter avec les progrès de l’intelligence artificielle et de l’exploitation des masses de données.

Quel regard portez-vous sur la plateforme Rocket Lawyer ?

L’architecture du site Rocket Lawyer répond aux tendances déjà évoquées et aux exigences des internautes. Il exploite les ressources auxquelles le partenariat noué avec un des plus importants éditeurs juridiques (ELS) lui permet d’avoir accès ;

Du coup, il comporte une gamme étendue d’informations et de documents gratuits, pour répondre au souhait des internautes de trouver sur internet des ressources gratuites et pour créer le lien de confiance entre le consommateur et le site.

Pour la délivrance des prestations payantes, le site a cherché à identifier les principaux domaines du droit dans lesquels les besoins sont susceptibles de s’exprimer. L’individualisation des documents se fait à travers un système de questions/réponses, ce qui correspond aux possibilités actuelles de l’informatique, dans le domaine de l’intelligence artificielle et des algorithmes.

Des avocats sont également présents sur le site, puisque le recours à un professionnel peut se révéler nécessaire. Dans ce domaine, le site devient prescripteur, ce qui confirme que celui qui fournit le premier élément de réponse peut facilement ensuite maîtriser le parcours de l’internaute.

Quelles évolutions préconisez-vous face à ces nouveaux enjeux ?

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. A l’heure actuelle, un cabinet sur trois seulement dispose d’un site. D’après les derniers chiffres publiés par le Conseil national des barreaux, 5 000 avocats seulement, sur plus de 60 000, sont inscrits sur la plate-forme de la profession. Tant pis pour les avocats qui ne sont pas encore présents sur internet, profitez- en !

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